22/09/2020

L’école à la maison : les leçons de la pandémie

Lorsque les écoles ont fermé leurs portes en mars dernier, plusieurs jeunes se sont réjouis de ce congé forcé qui ne devait durer que deux semaines. Mais la situation a vite changé : ils ont dû se remettre au travail, à distance, entre deux parties de jeux vidéos. Certains ont alors bénéficié d’un suivi régulier avec le personnel enseignant et leur école, alors que d’autres ont dû se débrouiller avec les ressources accessibles sur Internet, sans réel accompagnement.

Tout comme le mentionnait le Conseil, « le confinement a fait ressortir les inégalités dans les pratiques d’enseignement », soutient Thierry Karsenti, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal. Entre la mi-avril et la mi-mai, le chercheur et son équipe de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information et de la communication en éducation ont tenu une enquête et des groupes de discussions sur l’école à distance. 4830 parents et 5747 élèves, étudiantes et étudiants, de la maternelle à l’université, y ont participé.

Entre autres constats, les directives du ministère ont été interprétées différemment. « On a aussi assisté à un clivage entre les établissements. Au privé, par exemple, la plupart des élèves étaient en ligne 48 heures après le début du confinement », constate le chercheur.

Même si, globalement, les parents déplorent le manque de contacts avec l’école, ils rapportent de belles initiatives : des enseignantes et des enseignants qui ont déposé des cahiers et des friandises dans la boîte-aux-lettres de leurs élèves, d’autres qui déjeunaient en ligne avec leur classe.

Quoiqu’il en soit, l’école à la maison est vite devenue un véritable défi pour les élèves et leurs parents. La motivation aurait baissé pour 46 % des jeunes. Quelque 21 % des élèves ont également été inquiets de ne pas réussir leur année.

Du côté des parents, 48 % avouent avoir manqué de temps pour encadrer adéquatement le travail scolaire de leurs enfants. Environ 32 % des familles indiquent avoir eu des problèmes d’accès à de l’équipement informatique pour leurs jeunes.

« Notre enquête fait clairement ressortir le nombre insuffisant d’appareils électroniques dans certaines familles et écoles, précise Thierry Karsenti. Par ailleurs, tous les Québécois n’ont pas Internet illimité ou même de connexion à la maison. »

Le gouvernement a, depuis, débloqué des fonds pour que les centres de services scolaires fassent une réserve d’appareils électroniques.

Selon le chercheur, la pandémie est une situation exceptionnelle qui permet de constater, et de relever, les défis de l’enseignement à distance.

Par exemple, beaucoup ont reproduit en ligne l’horaire typique d’une journée en classe. « Ce fut l’horreur pour les élèves. Heureusement, le personnel enseignant a vite corrigé le tir en diminuant le temps passé en ligne ».

Le confinement a aussi révélé que beaucoup d’élèves ne sont pas autonomes et prêts pour l’enseignement à distance. « Je crois que les écoles doivent dorénavant enseigner ces compétences aux jeunes », soutient l’expert.

Somme toute, cette turbulence aura du bon. Il existe maintenant un cadre à suivre pour enseigner via un écran : nombre d’heures de leçons en ligne, quantité de travail à donner, ressources à utiliser. Et les écrans sont devenus moins diaboliques ; sans eux, pas d’école à la maison !

* Cette enquête n’aurait pu être réalisée sans la contribution inestimable de l’équipe étudiante et d’assistanat de recherche de la Chaire ; merci notamment à Simon Parent, étudiant au doctorat.

**Ce projet de recherche a été financé par le Fonds de recherche du Québec – Société et Culture


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