01/09/2020

Le temps d’écran pendant la pandémie : les valeurs et la science

Bien avant la pandémie de COVID-19, la majorité des enfants et des jeunes du Québec utilisait quotidiennement divers écrans : téléviseurs, tablettes électroniques, ordinateurs et autres téléphones intelligents. Pendant la période de confinement, l’école à distance et l’accès restreint aux activités extérieures ont rendu ces appareils incontournables, exacerbant les craintes déjà bien présentes des parents concernant leur usage, dont celle reliée au temps passé devant eux. Les associations de pédiatres et les organismes de santé publique comme l’OMS appellent depuis quelques années à limiter le temps d’écran au profit d’autres activités, jugées plus enrichissantes.

Plusieurs de ces craintes prennent racine dans un discours de résistance à la nouveauté médiatique  : chaque génération d’adultes se méfie de ce qui divertit la jeunesse, de l’apparition des romans populaires au 18e siècle jusqu’aux réseaux sociaux actuels. Les parents redoutent depuis longtemps que les nouvelles technologies nuisent à l’épanouissement de leurs enfants, mais qu’en est-il vraiment ? La recherche scientifique s’est penchée de manière empirique sur cette question : le temps passé devant les écrans nuit-il au bien-être des enfants et des jeunes ?

Le Conseil publie aujourd’hui un document résumant les résultats récents de la recherche scientifique sur cette question, avec un aperçu du contexte social et historique qui lui a donné naissance. Il en ressort que, malgré des centaines d’articles publiés dans des revues savantes, la question du temps d’écran n’est pas résolue. Des recensions d’écrits récentes font état d’associations faibles, parfois positives et parfois négatives, entre le temps d’écran et de nombreux indicateurs du bien-être des enfants et des jeunes. Plusieurs chercheurs en concluent que le temps en lui-même ne représente pas une mesure signifiante de l’engagement des jeunes avec les médias électroniques. Ils proposent de s’intéresser plutôt au contenu visionné, au contexte, à la motivation, aux facteurs de risque individuels et au caractère actif ou passif de l’usage pour la suite de la recherche, ainsi qu’à la distinction entre l’utilisation bénigne et les comportements pathologiques observés chez une minorité d’individus. Enfin, les aspects positifs des médias numériques doivent aussi être pris en compte.

Le discours scientifique sur l’usage des écrans est donc appelé à évoluer, alors que le discours qui repose sur une tradition de méfiance continuera sans doute à teinter les valeurs sociales. Tous deux se rejoignent toutefois sur un point : la recherche des conditions optimales pour une enfance épanouie. Pour baliser l’usage des médias électroniques, les parents peuvent se fonder sur leurs propres valeurs et se fier, par exemple, aux recommandations de la Société canadienne de pédiatrie. Celle-ci prône, une fois la petite enfance passée, une utilisation raisonnée et constructive des écrans, parmi une variété d’autres activités. Ni bienfaisants ni malfaisants en eux-mêmes, les écrans représentent un outil d’apprentissage et de divertissement dont peuvent bénéficier les enfants et les jeunes, à condition de les utiliser avec discernement et de ne pas en abuser.


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