02/02/2021

Le Conseil, héritier du Rapport Parent

Dès sa fondation, le rôle attribué au Conseil supérieur de l’éducation est ambitieux. Le ministre de l’Éducation, Paul Gérin-Lajoie répète dans les journaux qu’il « constituera en quelque sorte une commission d’enquête permanente sur les problèmes d’éducation ». Et pour Jean-Marie Martin, son premier président, « il doit être en permanence, ce que fut la commission Parent de façon passagère ».

L’association est naturelle entre le Conseil supérieur de l’éducation et la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec, mieux connue sous le nom de son président, Alphonse-Marie Parent[1]. Leur mission est sensiblement la même : réfléchir aux orientations du système d’éducation. Mais alors que la Commission Parent a mené ses travaux entre 1961 et 1966, le Conseil est une instance exerçant toujours son influence. Sa création est d’ailleurs issue du deuxième bloc de recommandations du célèbre rapport, immédiatement après les dispositions entourant la création du ministère de l’Éducation. Ce qui témoigne de la place prépondérante du Conseil dans le nouvel écosystème éducatif qu’imaginent les commissaires.

« [Le Conseil] serait plus en mesure d’apporter des points de vue neufs sur la politique scolaire, des suggestions hardies, une vue d’ensemble et au besoin les critiques qui s’imposent. Devant les exigences de l’enseignement moderne, qui réclame de l’imagination, de la recherche et des innovations, il faudra souvent sortir des sentiers battus. Sans doute le ministre et les fonctionnaires supérieurs auront aussi à le faire ; mais ceux qui sont engagés dans une administration accaparante n’ont pas toujours le recul et le loisir nécessaires pour apercevoir nettement les modifications qui s’imposent. C’est au Conseil supérieur de l’éducation que reviendra surtout la responsabilité de maintenir le système d’enseignement en contact avec l’évolution de la société et celle d’indiquer les changements à opérer et d’inspirer des plans à long terme[2]. »

Raoul Hunter, caricaturiste du journal Le Soleil, illustre l’importance de cette filiation pour l’opinion publique en août 1966, lorsque la Commission Parent laisse la place au Conseil.

La caricature montre le Conseil sous les traits du pilote d’un avion supersonique identifié comme le Rapport Parent. Conduire un tel engin rend le pilote nerveux, et il a la « trouille » à l’idée de prendre les commandes d’une aussi belle réussite. Reprendre la réflexion amorcée par la Commission Parent, dont les travaux sont encore admirés pour leur lucidité et leur caractère novateur, devait en effet être intimidant pour les premiers membres du Conseil.

Aujourd’hui, on peut toutefois considérer que ce défi a été relevé. En témoigne l’appréciation de Guy Rocher, dernier membre vivant de la Commission Parent : « Depuis sa création en 1964 jusqu’à aujourd’hui, le Conseil n’a pas cessé de rendre publique une impressionnante série d’avis, d’études, de rapports annuels d’une très grande richesse […] [et il] exerce la responsabilité d’informer et éclairer non seulement les décideurs mais au moins tout autant l’opinion publique, en toute liberté et en toute objectivité, sur l’évolution et les grands enjeux de l’éducation[3]. »

M. Rocher a d’ailleurs participé à titre d’invité d’honneur à plusieurs événements tenus par le Conseil, le plus récent étant la Vitrine sur la recherche collégiale en novembre 2019, au cours de laquelle il soulignait « que le Conseil, reconnu pour la grande qualité de ses avis écrits, franchissait une nouvelle étape de son évolution par la tenue de cette activité, intensifiant ainsi sa présence et son rayonnement dans l’espace public».

[1] Le Conseil a rappelé les grandes lignes de l’histoire de cette commission dans l’avis Les collèges après 50 ans : Regard historique et perspectives.

[2] Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la Province de Québec (1963). Rapport, Première partie: les structures supérieures du système scolaire, 176.

[3] Guy Rocher, « Le Rapport Parent, 1963-2003. Une tranquille révolution scolaire ? », Bulletin d’histoire politique. Volume 12, Numéro 2, Hiver 2004, p. 123.


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