19/01/2021

La naissance du Conseil, ou la création sous haute surveillance d’un organisme indépendant

Le 31 août 1964, Paul Gérin-Lajoie, premier ministre de l’Éducation de l’histoire du Québec, est retenu chez lui par une mauvaise grippe. C’est donc à Arthur Tremblay, sous-ministre, qu’il revient de lancer les travaux du Conseil supérieur de l’éducation, ce qu’il fait en livrant un discours évocateur :

« Peu d’institutions sont nées avec un passé aussi lourd que le vôtre. Depuis plus d’un an, sans exister encore, le Conseil supérieur de l’éducation a été l’objet de nombreux commentaires, d’innombrables discussions, voire même [sic] de quelques polémiques. Débats au Parlement, éditoriaux, discours, conférences, cercles d’études, congrès vous ont déjà lancés dans le feu des affaires publiques.

Bien plus! Au-delà de cette institution qu’est le Conseil supérieur, les personnes qui étaient susceptibles d’y siéger ont été soumises au crible d’une consultation du gouvernement auprès d’une cinquantaine de groupes intermédiaires représentant les parents, les enseignants, les administrateurs scolaires, les corps socio-économiques ainsi qu’auprès des autorités religieuses. […]

Quand toute la société a ainsi participé à votre naissance, vous ne pouvez vous permettre d’être un rejeton semblable aux autres. […] Convenons sur le champ que le Conseil supérieur de l’éducation est né adulte. »[1]

En effet, la création du ministère de l’Éducation, la même année, ayant suscité l’inquiétude, la société attend le Conseil avec impatience. On craint que le passage de la gouvernance de l’éducation dans le giron de l’État ne la déconnecte des réalités du terrain et que la voix de ceux et celles qui y travaillent ne porte plus jusqu’en haut de l’appareil gouvernemental. Un organisme de délibération démocratique, représentatif des milieux et jouant un rôle de conseiller du Ministre, est donc jugé incontournable. Il est perçu comme une contrepartie essentielle : s’il y a un ministère de l’Éducation, ses décisions doivent être éclairées par un Conseil supérieur de l’éducation.

Des préoccupations rappelées en 1978 par Lise Bissonnette dans un éditorial du Devoir  :

« Rarement organisme-conseil aura-t-il eu autant de prestige et d’autorité morale, au Québec, que le Conseil supérieur de l’éducation. Sa création, en 1964, faisait contrepoids pour les plus craintifs à l’immense machine que s’annonçait devoir être le ministère de l’Éducation. Pour les enthousiastes, elle garantissait que le nouveau ministère resterait à l’écoute du milieu, que son zèle réformiste s’exercerait sous l’œil vigilant d’un groupe représentatif des citoyens. Et telle fut bien l’action du Conseil : ses avis étaient attendus, commentés, souvent suivis. Nul ministre ne pouvait en tout cas les ignorer sans courir quelque risque politique. Les milieux d’éducation s’y référaient tout naturellement. »[2]

Le Conseil est donc né sous haute surveillance. Les journaux ont fréquemment commenté sa mise en place, le processus de sélection de ses membres, ses premières recommandations.

De nos jours, par la publication de travaux qu’il diffuse à travers les médias sociaux et par un taux de référencement enviable pour chacune de ses publications, le Conseil contribue aux réflexions qui touchent les enjeux du monde de l’éducation et y prend une part active. Éduquer au numérique, le plus récent rapport sur l’état et les besoins de l’éducation, a été consulté par plus de 4 000 personnes durant le mois suivant sa publication, et la vidéo le présentant a été vue près de 30 000 fois sur les médias sociaux.

Comme à l’époque de sa création, le Conseil demeure aujourd’hui indépendant et fidèle à la mission qui lui est confiée par sa loi constitutive : être un lieu privilégié de réflexion en vue du développement d’une vision globale de l’éducation.

[1] Actes de la première réunion du Conseil supérieur de l’éducation, 31 août 1964.

[2] Le Devoir – 11 décembre 1978.


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