06/10/2020

Vers des examens numériques

Au printemps 2020, les épreuves ministérielles du primaire et du secondaire ont exceptionnellement été annulées en raison du confinement. De plus, la pandémie a forcé un virage rapide vers l’enseignement à distance. Dans un tel contexte, le développement des outils d’évaluation ministérielle en format numérique prévu dans le plan d’action numérique pourrait devenir une priorité.

« C’est tout un défi », prévient toutefois Thérèse Laferrière, professeure au Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage de l’Université Laval et membre du réseau PÉRISCOPE sur la persévérance et la réussite scolaires. En effet, « prendre un examen papier et le transférer tel quel en format numérique ne donne pas grand-chose ». Les outils numériques permettent de garder des traces du raisonnement des élèves. Il faut exploiter ces traces pour évaluer des apprentissages plus avancés comme la pensée critique, le raisonnement analytique et la résolution de problèmes.

Cependant, toutes les écoles n’ont pas la technologie adéquate pour prendre un tel virage. Il faut aussi que le personnel enseignant soit accompagné dans ce changement et que le nombre de technopédagogues soit revu à la hausse. Par ailleurs, les enseignantes et les enseignants, tout comme les parents, se questionnent sur le fait que l’évaluation numérique faciliterait la tricherie et le plagiat.

Pour se pencher sur les enjeux de justice, d’égalité et d’équité liés à l’évaluation des apprentissages par le numérique, Thérèse Laferrière et Sylvie Barma ont mis sur pied le projet ÉCRAN (Évaluation Collaborative Réussie des Apprentissages par le Numérique) avec sept autres chercheuses et chercheurs de six universités québécoises, membres de PÉRISCOPE.

Ce projet subventionné par le Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC) a débuté avant la pandémie. Plus de 1000 enseignantes et enseignants ont répondu à un questionnaire sur leurs perceptions de l’évaluation numérique. « Nous avons constaté que l’évaluation des apprentissages avec de nouveaux outils numériques suscite beaucoup d’anxiété et d’inquiétude », explique Sylvie Barma, de l’Université Laval, qui pilotait ce volet de l’étude. La pandémie a exacerbé ces craintes et a mis davantage de pression sur le personnel enseignant. « Le confinement est venu confirmer la pertinence de nos travaux, notamment le besoin d’exploiter le numérique pour évaluer à distance », ajoute Thérèse Laferrière.

En collaboration avec leur partenaire principal, l’École en réseau (ÉER), les chercheuses ont déjà amorcé trois cycles d’expérimentation de situations d’évaluation en format numérique dans des écoles de Québec et du Saguenay. D’autres essais auront lieu l’an prochain à Montréal et dans d’autres régions. « Nous évaluons des plateformes qui peuvent enregistrer les traces des interactions et du raisonnement des élèves, et nous examinons les résultats des évaluations afin de trouver des moyens de réduire de possibles iniquités », explique Sylvie Barma.

Parmi les retombées attendues, ÉCRAN veut proposer des outils conformes aux valeurs de justice sociale, d’égalité et d’équité, qui pourraient être utilisés pour les épreuves ministérielles du futur. Cet ambitieux projet souscrit à la fois à la Politique de la réussite éducative (2017), au Plan d’action numérique (2018) et aux orientations du Conseil supérieur de l’éducation (2018). Son processus itératif favorisera un partage des résultats au fur et à mesure, en plus de construire un pont entre la recherche et la pratique.


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