08/09/2020

Remettre le cap sur l’équité : Rencontre avec Catherine Haeck et Pierre Canisius Kamanzi

Nous inaugurons une série d’échanges avec des chercheuses et chercheurs de l’éducation. Celui-ci découle d’une table ronde organisée par le Conseil supérieur de l’éducation à la suite de la publication d’articles susceptibles d’enrichir la pensée du Conseil en lien avec son rapport Remettre le cap sur l’équité, publié en 2016. Après des centaines d’heures de rencontres, d’analyses, de délibérations et de consultations, incluant une conférence internationale sur le sujet, le Conseil avait constaté la persistance d’enjeux d’équité en éducation à tous les ordres et secteurs d’enseignement, L’une des orientations retenues proposait de « Mieux connaître l’évolution du système éducatif en matière de justice scolaire ». C’est dans ce cadre que les professeurs Catherine Haeck (UQÀM) et Pierre Canisius Kamanzi (UdeM) ont présenté leurs récentes publications.

L’hypothèse du professeur Kamanzi est la suivante : « Malgré le caractère égalitaire du système d’éducation québécois, la reproduction des inégalités sociales s’effectue par un mécanisme particulier : la stratification du système scolaire (privé, public enrichi et public ordinaire) ». Ayant suivi un échantillon d’environ 3000 élèves pendant plusieurs années, M. Kamanzi confirme cette hypothèse dans un article publié en 2019. Alors que les enfants ayant fréquenté une école secondaire privée ou publique « enrichie » accèdent aux études universitaires dans des proportions de 60 % et 51 %, seulement 15 % des élèves d’un programme public ordinaire y accèdent.

La professeure Haeck nous a présenté deux articles coécrits avec M. Pierre Lefebvre et parus en 2020. Le premier documente l’évolution du rendement en mathématiques, science et lecture de 2000 à 2018 selon les scores obtenus aux tests PISA (Programme for International Student Assessment) par des élèves canadiens de 15 ans. Leurs résultats confirment des différences de rendement selon le statut socioéconomique, mais ces différences ne sont pas plus prononcées au Québec que dans les autres provinces, ou dans des pays comme la Finlande. En fait, les jeunes provenant de milieux défavorisés réussissent mieux en mathématiques, science et lecture au Québec que dans la plupart des provinces canadiennes. Dans son second article, la professeure Haeck utilise ces données afin de faire des projections quant aux retards que l’arrêt scolaire lié à la COVID-19 risque de provoquer. Les enfants des milieux défavorisés pourraient avoir perdu en moyenne 75 % des apprentissages de l’année scolaire. D’importants contrecoups sur la persévérance sont à craindre. Le Québec, où le taux de diplomation dans les délais attendus serait le plus bas au pays, pourrait être particulièrement affecté.

Que retenir de ces études ? D’abord, il existe des enjeux d’accès aux études supérieures en lien avec le type d’école fréquentée, lequel reflète les conditions socioéconomiques. De plus, les écarts de rendement associés aux milieux socioéconomiques persistent, mais ne sont pas plus marqués au Québec qu’ailleurs au Canada. Enfin, l’arrêt scolaire provoqué par la COVID-19 risque d’affecter davantage les enfants de milieux socioéconomiques défavorisés. Il importe donc plus que jamais de Remettre le cap sur l’équité.


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