15/09/2020

Le numérique en éducation : « Hâtons-nous lentement », suggère la présidente du Comité du rapport sur l’état et les besoins de l’éducation

Pour Jacqueline Dubé, le numérique représente le fil conducteur d’une carrière riche et diversifiée. D’abord outil providentiel au début de sa carrière chez Desjardins puis objet de son travail au gouvernement du Québec pour l’ouverture du premier portail Web pour les PME, le numérique et son implantation dans la société l’ont menée à la présidence du Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations (CEFRIO). À la tête de cet organisme qui était dédié à la transformation numérique des organisations, madame Dubé s’est retrouvée à l’avant-garde de l’arrimage entre éducation et numérique, notamment en participant à la mise sur pied de l’École en réseau. Forte de toutes ces expériences, elle occupe la présidence du Comité 2018-2020, qui se penche sur le numérique en éducation.

Les travaux du Comité s’achèvent alors que la COVID-19 bouleverse le monde de l’enseignement du primaire jusqu’à l’université. Les outils numériques ont été des éléments stabilisateurs d’un système éducatif ébranlé, tout en entraînant d’autres enjeux. Pour madame Dubé, l’un de ces enjeux est l’isolement provoqué par la nécessité de poursuivre les apprentissages à distance. Bien que les moyens de communication numériques permettent des échanges avec le personnel enseignant et les autres membres de la classe, la communication informelle, souvent riche et créative, disparaît à distance. Un autre enjeu exacerbé par la crise sanitaire est l’importance des inégalités devant le numérique. Celles-ci touchent non seulement l’accès aux outils électroniques et à une connexion haute vitesse à l’Internet, mais surtout la littératie qui permet de les utiliser dans un but éducatif ; les jeunes en connaissent surtout les usages ludiques. Enfin, l’enjeu principal n’est pas technologique, mais pédagogique : transposer l’enseignement traditionnel dans l’univers numérique ne suffit pas. Une adaptation de la pédagogie est requise.

Les travaux du comité ont déjà donné lieu à plusieurs documents sur diverses facettes du numérique, notamment les représentations sociales du numérique, le temps d’écran et la formation à distance. Madame Dubé note que, depuis le début des travaux, le Comité a été confronté à un paradoxe. D’une part, transformer les approches pédagogiques pour bénéficier du numérique représente un long processus. Des expériences dont le Comité a pris connaissance, notamment en France, ont montré qu’introduire ordinateurs et tablettes dans les écoles ne suffit pas ; une réflexion pédagogique doit accompagner les investissements matériels. D’autre part, comme la crise sanitaire actuelle le montre, il est urgent de prendre le virage numérique en éducation, notamment pour faire face aux perturbations présentes et futures. Toutefois, pour madame Dubé, la meilleure approche est de « se hâter lentement ». Bien que des mesures aient été mises en place rapidement pour assurer des services éducatifs en dépit de la pandémie, il sera important de prendre du recul, de bien définir les objectifs à atteindre et d’y consacrer le temps et les moyens nécessaires. Intégrer le numérique en éducation est essentiel pour former les citoyens du 21e siècle.


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