01/12/2020

COVID-19 : Ajouter une dose de présence dans l’enseignement à distance

Dès que les établissements d’enseignement ont fermé leurs portes en mars dernier, il y a eu une hausse importante de l’utilisation de la technologie pour assurer la scolarité à distance. « Une augmentation urgente et forcée, faite trop rapidement, qui a eu des conséquences sur les relations pédagogiques », soutient Isabelle Cabot, enseignante en psychologie et chercheuse au Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu. Mais le contexte de télétravail imposé a aussi eu du bon. Rapidement, le personnel enseignant a cherché des moyens d’améliorer l’enseignement à distance. Et c’est à ce moment que le téléphone d’Isabelle Cabot s’est mis à sonner… beaucoup plus que d’habitude.

« La COVID a ravivé l’intérêt envers l’un de mes projets de recherche qui avait évalué, en 2017, une pratique de rétroaction vidéo personnalisée auprès d’étudiantes et d’étudiants en Sciences de la nature», raconte-t-elle.

Grâce au Programme d’aide à la recherche sur l’enseignement et l’apprentissage (PAREA) du ministère de l’Enseignement supérieur, Isabelle Cabot s’était penchée sur les problèmes d’échec aux examens de mathématiques, de chimie et de physique. « Beaucoup de jeunes ne vont pas chercher de soutien et je voulais tester une méthode pour les aider à réussir sans qu’ils aient à le demander ».

La chercheuse avait alors demandé au personnel enseignant de faire parvenir des vidéos de rétroaction personnalisée à 50 % des étudiantes et des étudiants en situation d’échec, soit un film d’environ 7 minutes qui cible les points à améliorer et fait ressortir les parties réussies de l’examen échoué. L’autre moitié avait droit à la rétroaction habituelle, soit la correction en classe et l’offre de rencontres individuelles. L’effet de la vidéo fut appréciable : elle a favorisé les apprentissages et augmenté les résultats. De plus, les personnes ciblées étaient enchantées de voir que leur professeur leur consacrait du temps. « Il s’agit d’un filon pédagogique qui permet de garder l’intérêt et de ne pas faire monter l’anxiété après un échec », témoigne l’enseignante. Cette pratique est avantageuse en période de pandémie, alors que tous sont en cours à distance. « Faites preuve de créativité, suggère Isabelle Cabot. Et vous n’avez pas besoin d’une caméra, un cellulaire suffit! »

Dans le contexte actuel, la chercheuse conseille également aux pédagogues d’intégrer des activités synchrones, soit réalisées en temps réel, dans l’enseignement à distance. Par exemple, un cours donné en direct par visioconférence ou des rencontres virtuelles individuelles. « Le synchrone ajoute une dose de présence qui favorise la persévérance et l’engagement de certains jeunes », constate-t-elle notamment dans une étude en cours, également soutenue par le PAREA, qui porte sur l’efficacité des centres d’aide en français (CAF) et leurs services de soutien à distance.

« Quand les étudiantes et les étudiants n’ont que des rétroactions asynchrones, c’est-à-dire à utiliser de façon autonome, il y a beaucoup plus d’abandons. C’était d’ailleurs le principal problème de l’enseignement à distance, bien avant la pandémie », ajoute la spécialiste, se basant notamment sur son recensement des raisons de non-fréquentation des CAF.

Elle suggère également aux parents de démontrer de l’intérêt en discutant avec les jeunes de leurs cours virtuels, question de mettre un peu plus de « présentiel » dans leurs apprentissages.

Un peu de créativité et de technologie, beaucoup d’échanges et de bienveillance : une recette gagnante pour le développement d’une relation pédagogique garante de réussite !


Retour aux actualités