09/02/2021

Entre continuité et renouveau, 1989-1995 : la présidence de Robert Bisaillon

Après avoir été notamment président de la Commission des enseignants et enseignantes des commissions scolaires à la Centrale de l’enseignement du Québec, Robert Bisaillon a été nommé président du Conseil supérieur de l’éducation en 1989, poste qu’il a conservé jusqu’en 1995. Il a ensuite coprésidé la Commission des États généraux sur l’éducation en 1996, et a occupé le poste de sous-ministre adjoint à l’éducation préscolaire et à l’enseignement primaire et secondaire au ministère de l’Éducation jusqu’en 2005.

Celui qui a également été enseignant au primaire et au secondaire et, pendant deux ans, professeur invité à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, a volontiers accepté de nous parler de sa présidence au Conseil et de nous dire un mot sur ce que le milieu de l’éducation devrait anticiper pour la période « après-COVID ».

M. Bisaillon, quels ont été les bons coups du Conseil sous votre présidence ?

Je pense particulièrement à trois rapports sur l’état et les besoins de l’éducation qui s’inscrivent dans une trajectoire de professionnalisation des métiers de l’éducation. Lors de mon mandat, j’avais pour souhait de parler davantage des acteurs du système. Par exemple, le discours entourant la profession enseignante tournait surtout autour des conditions de travail. Dans le rapport sur l’état et les besoins de l’éducation de 1990-91 intitulé La profession enseignante : vers un renouvellement du contrat social, le Conseil a donc choisi de parler des fondements du métier pour le revaloriser et en montrer à la fois l’importance et la complexité.

Celui de 1991-92, La gestion de l’éducation : nécessité d’un autre modèle, a remis en cause le modèle dominant, très hiérarchique, peu mobilisateur de la gestion de l’éducation. Nous pensions que le gestionnaire devait être à la fois visionnaire et planificateur, que la mobilisation des ressources humaines était devenue sa tâche principale plutôt que l’émission de directives.

Enfin, en 1994-1995, le rapport Vers la maîtrise du changement en éducation s’est penché sur la réforme que tout le monde réclamait. Nous nous sommes posé la question « que faut-il retenir quand on veut provoquer, conduire, piloter un changement ? ». Le Conseil a examiné les principales périodes de bouleversement dans le réseau de l’éducation afin de déterminer les paramètres dont il fallait tenir compte. Les États généraux ont suivi peu après.

Ces trois rapports n’ont pas beaucoup vieilli. On peut encore s’y abreuver aujourd’hui, je pense.

Quels ont été vos coups de cœur, et pourquoi ?

Ce sont assurément les visites des membres du Conseil à travers la province.

À l’époque, une fois par année au moins, nos membres se déplaçaient dans une région pour visiter des communautés, des établissements et rencontrer les principaux acteurs socioéconomiques. C’était à la fois une école pour le Conseil, l’occasion d’entendre les aspirations et les revendications des régions et de tenir compte des différences dans la façon de dispenser les services. Nous allions rencontrer le milieu dans sa réalité, question de rester branchés.

Par exemple, à Baie-Comeau, nous avons partagé un repas traditionnel avec la communauté innue de Maliotenam. Ce fut une occasion pour le Conseil d’en apprendre sur la réalité de cette communauté, qui a fait part de son vécu scolaire et de ses réalisations.

Selon votre expertise, quel est le plus grand défi auquel sera confronté le milieu de l’éducation dans la période après-COVID ?

La pandémie a privé les jeunes de socialisation et de contacts humains. Quand tout cela sera terminé, il y aura un travail énorme de suivi de leur santé globale. Il ne faudra pas « repartir la machine » en faisant fi de ce qui s’est passé, mais donner des occasions de décompression et d’expression aux élèves, et aussi faire le diagnostic scolaire de chacun d’eux pour cerner les conséquences de la pandémie (fragilité, retard dans les apprentissages, comportements…). En ce sens, le Ministère devrait équiper les centres de services scolaires, les commissions scolaires et les écoles.

Par ailleurs, il faudrait aussi examiner les nouveautés, les innovations, les bonnes pratiques qui ont surgi, grâce au personnel enseignant, pendant la pandémie.

Bref, il faut faire un bilan et prévoir des mesures, dès maintenant!


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