10/11/2020

Reconnaître la très grande diversité des besoins : entrevue avec le président de la CEAFC

Quand le président de la Commission de l’éducation des adultes et de la formation continue (CEAFC), Christian Blanchette, parle de l’importance des transitions de carrière, il parle d’expérience. Formé à la recherche en physique de l’environnement, il termine ses études au moment où le budget de l’important centre de recherche qui l’emploie comme stagiaire postdoctoral subit une compression majeure. Il se tourne alors vers sa deuxième passion, l’enseignement et les technologies de l’apprentissage. À l’invitation du gouvernement ontarien, il fonde en 1997 un incubateur de recherche dans ce domaine. Cette voie le mène, après plusieurs collaborations à travers le monde, à occuper un poste de professeur en technologie de l’apprentissage à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa, puis celui de doyen de la Faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal. Il est membre du Conseil supérieur de l’éducation depuis 9 ans.

La pensée du Conseil est enrichie par la profonde réflexion de M. Blanchette concernant la diversité des apprenantes et apprenants et celle de leurs besoins éducatifs. Près de la moitié des personnes inscrites à l’université, note-t-il, ont plus de 25 ans. Cela reflète les nouvelles demandes de la société aux travailleuses et travailleurs, appelés à se perfectionner ou à se réinventer au cours de leur vie professionnelle. Il y a donc nécessité de dépasser une vision linéaire des parcours éducatifs à travers les ordres d’enseignement afin de répondre aux besoins des apprenantes et apprenants au sein de leurs milieux de vie et de travail.

L’éducation des adultes soutient les transitions de carrière. Pour celles et ceux qui ont décroché du parcours traditionnel, elle représente, selon M. Blanchette, un « ascenseur social ». Elle permet aux travailleuses et travailleurs de tous les horizons d’évoluer dans leur profession ou d’améliorer leur sort, ce que la pandémie de COVID-19 a mis en lumière. Alors que des pans de l’économie s’écroulent, de nombreuses personnes envisagent une transition de carrière. Comme le remarque M. Blanchette, ces personnes brusquement privées d’emploi, comme toutes les travailleuses et tous les travailleurs vulnérables, bénéficieraient d’un système de reconnaissance des compétences qu’elles ont acquises. Or, les passerelles facilitant les transitions demeurent rares.

Une partie de la réponse aux besoins de soutien pendant les périodes de transition vient des organismes d’éducation populaire, dont le rôle est documenté dans le dernier avis de la CEAFC. Leur action de proximité, rappelle M. Blanchette, les rend indispensables pour soutenir les personnes qui ont perdu leur emploi ou qui ont été privées de services éducatifs en raison de la pandémie. Plusieurs d’entre elles, notamment les adultes inscrits en francisation, sont particulièrement vulnérables et souvent difficiles à rejoindre par les médias numériques. M. Blanchette souhaite que le rôle de ces organismes soit reconnu dans la réponse aux bouleversements sociaux causés par la crise sanitaire. Pour répondre à la diversité des besoins, rappelle-t-il, il faut aussi se préoccuper des personnes en marge des parcours éducatifs et professionnels traditionnels. Souvent dans l’ombre des autres secteurs d’enseignement, l’éducation des adultes représente une grande richesse pour la société québécoise.


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