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Éduquer au numérique

La représentation sociale des écrans

Toutes sortes de craintes s’attachent aux écrans. Ils sont soupçonnés de causer des désordres psychologiques, d’engendrer de la dépendance, d’appauvrir les relations sociales et de nuire à la santé, surtout lorsqu’ils sont utilisés par les enfants et les jeunes. Diverses organisations vouées à la santé, comme l’OMS, ont émis des recommandations appelant à réduire le temps que les jeunes passent devant des écrans. Alors qu’un discours représente le numérique comme générateur d’innovation en éducation, un discours parallèle représente les outils numériques interactifs et leurs écrans comme fondamentalement nuisibles. La représentation sociale négative des écrans nourrit parfois des arguments contre l’intégration du numérique à l’école et pose un dilemme aux parents.

Pourtant, les recherches scientifiques menées dans le but d’éclaircir les liens entre l’exposition aux écrans et différents aspects du développement des enfants et des jeunes n’ont pas livré à ce jour de résultats très clairs. Les recensions d’écrits les plus récentes font état d’associations avec le temps d’écran si petites qu’elles pâlissent en comparaison avec d’autres facteurs susceptibles d’affecter le développement physique, mental et social. Les résultats sont d’ailleurs souvent contradictoires ou peu concluants. De plus, des associations positives entre le temps d’écran et certains aspects du développement social émergent, bien qu’elles soient également de petite taille. Un éditorial récent dans une importante publication scientifique sur le développement des enfants appelle d’ailleurs les chercheurs à délaisser le temps d’écran pour s’intéresser plutôt aux activités pratiquées à l’aide des écrans ainsi qu’à leurs retombées négatives, mais aussi positives.

La représentation sociale négative des écrans n’est donc pas principalement alimentée par le discours scientifique actuel. On peut toutefois la situer dans la continuité d’un discours traditionnel de résistance aux médias, qui a tendance à se méfier des divertissements de la jeunesse ainsi que des technologies qui les portent. En effet, quand les progrès de l’imprimerie et de la littératie ont permis aux romans populaires de se répandre à la fin du 18e siècle, on leur a attribué les mêmes risques que l’on prête aux écrans aujourd’hui : nuire à la santé, miner les relations personnelles, causer de la distraction et de la négligence ainsi qu’entraîner une dépendance au même titre que les drogues. Chaque nouvelle technologie normalise l’usage des précédentes, si bien que les risques associés aux romans populaires se sont transférés à la radio, au cinéma, aux bandes dessinées, à la télévision, aux jeux vidéo et enfin aux téléphones intelligents.

Bien sûr, toutes ces technologies, y compris les appareils munis d’écrans aujourd’hui omniprésents, peuvent se prêter à des usages abusifs et entraîner des risques; une recherche scientifique mieux ciblée sera donc bienvenue. D’ici là, il convient de se questionner sur le rôle que jouent les représentations sociales dans la décision de les utiliser – ou non. Les parents, bien entendu, gèrent le temps d’écran de leurs enfants selon leurs valeurs. Le système scolaire conserve sa responsabilité d’éduquer au numérique. Derrière les discours qui oscillent souvent entre la technophobie et la technophilie se cachent des mythes, des confusions et des lieux communs qui doivent être pris en compte pour mieux comprendre les défis reliés à l’intégration et à l’appropriation du numérique en éducation. La question des usages des écrans chez les jeunes en est une illustration.

Pour approfondir ces questions, téléchargez les document d’études et de recherches intitulés « Discours, imaginaires et représentations sociales du numérique en éducation » et « les discours sur le temps d’écran : valeurs sociales et études scientifiques » sur le site du Conseil supérieur de l’éducation.

Discours, imaginaires et représentations sociales du numérique en éducation