16/06/2020

Formation des jeunes et formation des adultes en temps de pandémie : deux poids deux mesures?

En réponse à la fermeture prolongée des écoles primaires et secondaires causée par la pandémie de COVID‑19, le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur a annoncé l’annulation des épreuves officielles et des épreuves uniques imposées aux fins de la sanction des études. L’évaluation des apprentissages reposera cette année sur les traces déjà recueillies et sur le jugement professionnel des enseignantes et enseignants. Toutefois, cette mesure ne s’étend pas à la formation générale des adultes, qui mène pourtant au même diplôme d’études secondaires (DES). Les examens dans tous les cours ainsi que les épreuves uniques et obligatoires du Ministère y sont maintenus et doivent être réalisés dans les établissements, en appliquant les consignes de la Santé publique.

Le Conseil a rappelé, dans son rapport intitulé Évaluer pour que ça compte vraiment, que l’évaluation poursuit deux objectifs : soutenir l’apprentissage et témoigner des acquis, ce dernier élément menant à la sanction des études. Or, bien que des évaluations formatives jalonnent souvent les cours offerts aux adultes, la note finale pour chacun dépend d’un seul examen. Même en temps normal, ce procédé d’évaluation vise uniquement la sanction sans rendre compte de la progression des apprentissages. Le contexte actuel de crise amène des difficultés supplémentaires en limitant le nombre d’élèves autorisés à se rendre dans les centres pour passer leurs examens, ce qui occasionne des délais. Ainsi, des élèves qui étaient prêts à passer leurs examens au début de la crise ont attendu plusieurs semaines avant que des consignes soient émises à leur intention.

La formation générale des adultes dessert une population vulnérable au parcours éducatif sinueux pour qui, comme le souligne le rapport, l’évaluation des apprentissages a pu représenter une expérience négative. Les obstacles que les mesures sanitaires ajoutent font craindre une augmentation du décrochage chez les élèves à risque, incluant les adultes. Pour ceux-ci, toute embûche additionnelle peut compromettre un engagement fragile, qui demande de jongler avec les responsabilités propres à la vie adulte et de déconstruire un rapport aux études difficile. Il y a donc lieu de questionner les différences avec les aménagements apportés à l’évaluation des jeunes.

La crise sanitaire exacerbe les difficultés déjà présentes dans l’évaluation des apprentissages en formation générale des adultes. Elle offre aussi l’occasion de réfléchir aux manières de mieux soutenir ces élèves. Le processus d’évaluation pour ce groupe vulnérable gagnerait une flexibilité qui lui fait défaut dans le contexte actuel si les enseignantes et enseignants avaient la même latitude que leurs collègues de la formation des jeunes pour exercer leur jugement professionnel. Cette flexibilité permettrait à long terme de prendre en compte la progression des élèves et assurerait mieux la fonction de soutien des apprentissages pour cette population trop souvent négligée. Le Conseil a d’ailleurs récemment porté ces préoccupations à l’attention du ministre à la suite des modifications temporaires apportées à la formation générale des adultes.


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