23/03/2021

Entre continuité et renouveau 2006-2011 : la présidence de Nicole Boutin

C’est en 2006 que Nicole Boutin prend la direction du Conseil, et ce, jusqu’en 2011. Elle est la deuxième femme à accéder à ce poste et la première personne – et toujours la seule à ce jour – à provenir du réseau collégial.

Titulaire d’une licence en droit et de baccalauréats en pédagogie et en travail social, Mme Boutin a travaillé en éducation pendant plus de 40 ans, dont 13 années passées comme directrice des études et directrice générale du Collège de Montmorency, à Laval. De 1993 à 1999, elle a également été membre du Conseil supérieur de l’éducation et présidente de la Commission de l’enseignement collégial, maintenant dénommée Commission de la recherche et de l’enseignement au collégial.

Mme Boutin, quels ont été les bons coups du Conseil sous votre présidence?

Dans un contexte où plusieurs organismes conseils étaient abolis, le CSE a su renforcer la crédibilité de ses actions en maintenant, notamment, sa vision systémique de l’éducation. À la faveur de plus d’une vingtaine d’avis portant sur des modifications de programmes ou de régimes pédagogiques, nous avons toujours analysé les effets sur l’ensemble du système de l’éducation. Par exemple, avant de changer une condition d’admission au collégial, il fallait tenir compte du cheminement des finissants du secondaire et de l’organisation scolaire dans les établissements.

Le Conseil a par ailleurs mis en lumière l’importance de bâtir sur les acquis, c’est-à-dire reconnaître les avancées faites en éducation et partir de celles-ci pour établir les prochains défis. C’est ce qui a été fait dans les avis Des acquis à préserver et des défis à relever pour les universités québécoises (2008), Rendre compte des connaissances acquises par l’élève : prendre appui sur les acteurs de l’école pour répondre aux besoins d’information des parents de leur communauté (2008) et le rapport sur l’état et les besoins de l’éducation 2006-2008, intitulé L’éducation en régions éloignées : une responsabilité collective (2008).

Quels ont été vos coups de cœur, et pourquoi?                      

Mon premier coup de cœur est certainement le rapport sur l’état et les besoins de l’éducation 2008-2010, Conjuguer équité et performance en éducation, un défi de société. Dans ce rapport, le Conseil propose une analyse globale du système d’éducation sous l’angle de sa capacité à assurer la réussite du plus grand nombre et à permettre la réalisation du plein potentiel de chacune et chacun. Le Conseil y définit notamment des zones de vulnérabilité pour tous les ordres d’enseignement, ces dernières étant encore aujourd’hui d’actualité et pouvant servir de guide pour améliorer le système éducatif québécois de 2021.

L’avis Pour soutenir la réflexion sur les devoirs à l’école primaire (2010) est mon second coup de cœur, car il illustre bien le rôle du Conseil, qui est de conseiller l’État sur les dispositifs à mettre en place et de proposer aux acteurs du milieu des pistes de réflexion et d’action pour assurer plus d’équité dans la gestion des devoirs. À la présentation de l’avis, directions d’école, syndicats, groupes communautaires, enseignantes, enseignants et parents discutaient entre eux de la meilleure façon de mettre en œuvre les recommandations du Conseil. Une belle synergie à l’œuvre et un bel exemple d’appropriation par le milieu!

Même chose pour l’avis Les services offerts aux entreprises par le réseau de l’éducation : pour un meilleur accès aux ressources collectives (2010). Le Conseil a considéré dans cet avis les besoins de formation en entreprise des travailleurs et a exploré dans ses recommandations les moyens de rendre les ressources publiques plus accessibles avec l’appui des différents ministères et organismes.

Selon vous, quel est le plus grand défi auquel sera confronté le milieu de l’éducation dans la période après-COVID?

Comme pour le domaine de la santé, la pandémie a fait ressortir les vulnérabilités en éducation. Les élèves fragiles et les ressources déjà insuffisantes d’avant la pandémie l’ont été encore plus.

Un débat public sur les préoccupations éthiques quant aux choix qui sont faits ou qui seront à faire en éducation s’impose; on devra réfléchir collectivement sur les services à offrir, sur les enfants qui seront pris en compte, sur les lieux d’intervention, sur les intervenants ainsi que sur les délais acceptables pour ne pas compromettre le cheminement scolaire et la réussite éducative.

Dans l’après-COVID, on devra, premièrement, élargir le filet de protection autour de l’école, et mettre en place des relais plus fluides entre l’école, la communauté et les services publics. Deuxièmement, il faudra resserrer les mailles de ce filet élargi autour des personnes, jeunes et adultes, et institutionnaliser la continuité des services de formation et d’accompagnement dans une perspective d’éducation tout au long de la vie. Pourquoi ne pas penser, par exemple, à embaucher des intervenants pivots rattachés aux écoles pour assurer le suivi des services aux enfants en difficulté offerts par des professionnels en soutien au personnel enseignant?


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