23/02/2021

Entre continuité et renouveau 1997-2002 : la présidence de Céline Saint-Pierre

Céline Saint-Pierre est la première femme et la première professeure d’université à avoir été nommée à la présidence du Conseil supérieur de l’éducation, poste qu’elle a occupé pendant près de 6 ans, dans la foulée des recommandations du rapport de la Commission des états généraux et de la mise en œuvre de la réforme des programmes de l’école québécoise.

Après ce mandat, Céline Saint-Pierre a notamment été directrice de la Chaire Fernand-Dumont sur la culture de l’INRS-UCS et vice-présidente Innovation et Transfert du CEFRIO. Elle est actuellement professeure émérite de l’Université du Québec à Montréal où elle a enseigné la sociologie (1969 à 1991) et occupé le poste de vice-rectrice à l’enseignement et à la recherche (1992-1996).

Mme Saint-Pierre, quels ont été les bons coups du Conseil sous votre présidence?

Je mentionnerais d’abord la déconfessionnalisation du Conseil en 2000, un processus difficile mais finalement accepté par tous les acteurs concernés. Le critère de l’appartenance religieuse dans la nomination à la présidence et à la vice-présidence et les comités confessionnels catholique et protestant ont été abolis. À mon avis, ce fut le plus gros changement vécu par le Conseil depuis sa création.  Cette décision a fait l’objet d’un amendement de la Loi sur l’instruction publique et le gouvernement en tiendra compte dans la Loi modifiant diverses dispositions concernant la confessionnalité dans le secteur de l’éducation.

Un autre bon coup a été la tenue d’un colloque sur les liens entre l’éducation et la culture. Dans la foulée de la réforme des programmes, une préoccupation émergeait dans les milieux scolaires : développer davantage la mission culturelle de l’école en impliquant notamment les instances ministérielles de l’Éducation et de la Culture. Ce colloque fut un succès de participation et a permis l’ouverture à une problématique intégrée de la culture dans les nouveaux programmes de formation du primaire et du secondaire. Il donna lieu à la publication d’un livre[1].

Enfin, le Conseil a produit un premier plan stratégique[2] présentant des indicateurs de qualité qu’il avait lui-même définis, au moment où le gouvernement allait procéder à la révision des organismes conseils dont nous faisions partie.  Certains ont été abolis, mais pas le CSE…

Quels ont été vos coups de cœur, et pourquoi ?

L’avis Pour une meilleure réussite scolaire des garçons et des filles (octobre 1999) m’a beaucoup marquée. En préparation de la réforme scolaire, la ministre de l’Éducation nous avait demandé un avis sur cet enjeu sociétal… L’avis a reçu une couverture médiatique très importante, notamment une invitation de Radio-Canada pour une entrevue au Téléjournal de 22 heures.

Je suis particulièrement fière de 2 rapports sur l’état et les besoins de l’éducation. Le rapport 1997-1998 – Éduquer à la citoyenneté – a été produit en amont de la réforme de l’école québécoise et en soutien à l’élaboration des nouveaux programmes. Notre proposition fut considérée comme novatrice parce que très articulée à la mission de l’école, aux contenus des programmes, mais aussi à l’organisation de la vie scolaire. Dans le rapport 2000-2001 – La gouverne de l’éducation : logique marchande ou processus politique ? , nous proposions une analyse systémique de la gouvernance et des finalités de l’éducation et sa reconnaissance en tant que bien public.

Je veux également souligner ma découverte du rôle des coordonnateurs et coordonnatrices des commissions et du comité du rapport sur l’état et les besoins de l’éducation :  un rôle de co-construction des connaissances. Toutes ces personnes possédaient l’expertise essentielle au Conseil dans la réalisation de sa mission. J’en ai fait l’exemple à suivre dans mes fonctions subséquentes reliées au transfert des connaissances et à la valorisation des meilleures pratiques.

À votre avis, quel est le plus grand défi auquel sera confronté le milieu de l’éducation dans la période après-COVID ?

Les défis des écoles primaires et secondaires seront considérables parce que nouveaux. Le rattrapage scolaire, la réduction des inégalités dans les apprentissages et les habiletés langagières, mais aussi dans les attitudes liées à la socialisation, figureront parmi les principaux défis du personnel scolaire. Il faut prévoir une aide en santé physique et mentale pour tous les élèves qui en auraient besoin. Ces défis seront exigeants pour un personnel scolaire à bout de souffle.

Qu’en est-il de la population étudiante des cégeps et des universités ? On s’est peu préoccupé de leur situation. Pour moi, c’est l’un des principaux angles morts de cette pandémie.

Il ne faut donc pas attendre et agir dès maintenant!

[1] École et culture. Des liens à tisser, sous la direction de Claudine Audet (CSE)  et Diane Saint-Pierre (INRS), les éditions IQRC, 1997, 127 pages.

[2] CSE (2001). Pour mieux conseiller le ministre de l’Éducation et l’État  : Observer, consulter et approfondir – Plan stratégique 2001-2003, Québec, 22 pages.


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