Conseil supérieur de l'éducation
 
Réussir un projet d'études universitaires : des conditions à réunir


Synthèse

Avec cet avis sur l’ordre universitaire, le Conseil complète sa réflexion sur le thème de la réussite éducative, qu’il a traité spécifiquement à chacun des autres ordres d’enseignement au cours de la dernière décennie. Ce thème demeure au cœur des préoccupations du milieu de l’éducation et de l’État. Pour l’enseignement universitaire, la Politique québécoise à l’égard des universités Pour mieux assurer notre avenir collectif réaffirme l’importance de poursuivre les efforts en ce sens. Dans chacune des universités, les moyens mis en œuvre pour améliorer la réussite témoignent du fait qu’il s’agit bel et bien d’une question prioritaire.

Cet avis propose un cadre conceptuel original pour comprendre les facteurs en jeu dans la réussite, pour orienter les interventions et pour guider le développement de la réflexion sur ce thème. Son apport réside dans l’idée même de la réussite, analysée précisément dans une perspective multidimensionnelle, qui montre que les étudiantes et les étudiants réussissent chaque fois qu’ils franchissent avec succès un obstacle ou un seuil critique, qui jalonnent inéluctablement leur projet d’études, de l’étape de l’accès à l’université jusqu’à l’insertion socioprofessionnelle au terme des études.

Aboutissant à un ensemble de recommandations adressées principalement au ministre de l’Éducation et au milieu universitaire, l'avis :

  • cerne les conditions associées à la réussite d’études universitaires sur divers plans à travers les travaux de recherche;
  • explore le sens que revêt la réussite parmi la population étudiante, en en comparant son évolution sur quelques générations d’étudiantes et d’étudiants;
  • et, finalement, brosse le portrait des conditions qui prévalent dans les universités, en identifiant les obstacles et les seuils critiques à la réussite ainsi qu’en présentant divers exemples de mesures de soutien qui y sont implantées.

L’analyse de ces sous-thèmes est précédée par le repérage des nouveaux éléments contextuels qui ont une influence sur la réussite et par une lecture attentive des enjeux soulevés en mettant au jour les positions diverses qui s’affrontent et en proposant des avenues pour les résoudre.

 

Contexte

Les éléments contextuels suivants appellent un renouvellement de l’idée même de la réussite à l’université :

  • le développement du savoir, accéléré par les nouvelles technologies de l’information et des communications et la mondialisation de l’économie, interpelle plus que jamais la mission universitaire et, dans ce contexte, la formation devient un atout pour l’étudiante ou l’étudiant et pour toute la société;
  • la multiplication des relations de partenariat que vivent les universités conduit à reconnaître que ces dernières ne sont pas les seules à tirer les ficelles de la réussite;
  • les fluctuations du marché du travail dessinent des perspectives inégales d’insertion socioprofessionnelle pour les diplômées et diplômés;
  • les transformations sociales de la jeunesse rompent avec la linéarité du cheminement traditionnel de l’entrée dans la vie adulte et font pression notamment dans le sens d’un engagement moins exclusif envers les études et, conséquemment, de la réduction du rythme des études;
  • l’apport attendu de l’université à la résolution des problèmes humains et sociaux introduit de nouveaux critères de réussite où le développement de compétences de haut niveau doit collaborer au mieux-être de l’humanité;
  • la perspective d’éducation tout au long de la vie oblige à élargir cette idée d’une réussite trop exclusivement centrée sur l’obtention d’un premier diplôme universitaire – l’horizon de réussite devenant la vie entière;
  • la diminution importante des ressources financières que les universités ont connue ces dernières années influe sur l’organisation des études et l’offre de formation, modifiant les conditions de réussite.

 

Enjeux

Dans ce nouveau contexte, la question de la réussite des étudiantes et des étudiants soulève divers enjeux que le Conseil s’emploie à résoudre :

  • le sens équivoque de la réussite, qui varie selon le résultat escompté de la formation universitaire, est précisé en le définissant en fonction du projet de formation de l’étudiante ou de l’étudiant;
  • la portée et les conséquences de l’abandon des études à l’université sont pris très au sérieux en encourageant fermement la persévérance aux études;
  • l’adhésion de chacune des universités au projet de démocratisation de l’enseignement universitaire est fortement sollicitée;
  • la prise en compte de l’ensemble des étapes du processus de réussite relativise l’importance que revêtent le diplôme et l’insertion socioprofessionnelle dans l’évaluation de la réussite;
  • les transformations des conditions de réussite découlant des changements sociaux de la jeunesse appellent un jugement plus nuancé sur la réussite;
  • les tensions inhérentes à la formation qui ne manquent pas de surgir au quotidien mettent en lumière la nécessité de privilégier une diversité de moyens pour soutenir la réussite;
  • les inégalités sociales à l’université appellent des interventions concrètes au sein des établissements, selon leur rôle et leurs responsabilités.

 

Conditions de réussite

La synthèse du corpus des travaux ayant traité des facteurs de réussite des étudiantes et étudiants universitaires met en lumière diverses conditions de réussite que nous regroupons selon la perspective analytique.

 

Sur le plan des conditions macrosociales, divers facteurs influencent la réussite :

  • l’objectif de démocratisation de l’éducation à l’échelle internationale, incluant l’enseignement supérieur, a inspiré le développement des universités québécoises qui conditionne aujourd’hui l’accès aux études universitaires;
  • les perspectives d’emploi ont un effet sur les choix, les stratégies, les comportements et les attitudes des étudiantes et des étudiants à l’égard de leurs études;
  • l’évolution de la condition féminine rappelle que l’accès des femmes à l’université est relativement récent dans l’histoire et que ces acquis sociaux sont encore fragiles.

 

Sur le plan des conditions microsociales, outre les variables lourdes qui affectent la réussite, il y a également de nouveaux facteurs en jeu :

  • l’origine sociale influe sur la réussite en modelant, à partir de la socialisation, les aspirations personnelles desquelles naît le projet professionnel et découle la persévérance aux études;
  • le sexe fait apparaître des disparités persistantes à l’égard de la réussite qui reposent sur des obstacles ou des seuils critiques distincts pour les hommes et les femmes;
  • l’âge des étudiantes et des étudiants, témoignant de la continuité dans les études et du rythme des études, serait un facteur associé à la persévérance aux études, celle-ci étant davantage le fruit d’un engagement soutenu, que ce soit au niveau universitaire ou aux échelons précédents du cursus;
  • la situation financière des étudiantes et étudiants pourrait être reliée à la persévérance aux études;
  • l’accès aux nouvelles technologies de l’information et des communications comme nouveau facteur d’accès au savoir constitue potentiellement une nouvelle barrière financière à l’accès aux études universitaires.

 

Sur le plan des conditions psychopédagogiques, notons que :

  • les ressources universitaires délimitent les conditions de réussite par leur effet direct sur le rapport professeur-étudiants, sur les infrastructures dédiées à la formation et sur l’encadrement;
  • la qualité de l’intégration à l’université fait la différence entre la persévérance et l’abandon des études;
  • le programme d’études, incluant le contenu de la formation, les méthodes d’enseignement, la charge de travail, l’évaluation et l’encadrement, serait un facteur de réussite;
  • la relation professeur-étudiant ressort comme un facteur d’influence sur la réussite;
  • la formation préalable, le degré de précision du choix scolaire et professionnel et l’engagement dans un régime d’études – temps partiel ou temps plein – constituent des caractéristiques propres aux étudiantes et aux étudiants qui influent sur la réussite.

 

Finalement des conditions psychologiques présentes chez les étudiantes et les étudiants marquent la réussite :

  • leur engagement envers les études, se concrétisant par des actions précises de leur part, influence grandement la réussite;
  • leur motivation permet de mobiliser les efforts requis aux apprentissages et de soutenir la persévérance aux études.

 

Un nouveau rapport envers les études

L’exploration du nouveau rapport qu’entretiennent les étudiantes et les étudiants envers les études, révélé dans les études et la consultation du Conseil, souligne quelques particularités :

  • l’intérêt à l’égard de la discipline et du travail intellectuel, les motifs d’ordre socioprofessionnel et l’influence d’une personne significative, dont un parent, seraient des facteurs importants de motivation à entreprendre des études universitaires;
  • leur représentation de la réussite serait généralement polarisée entre des critères personnels de réussite et des critères institutionnels qu’ils déduisent des exigences universitaires – plus ils avancent dans le parcours universitaire et plus cette représentation s’intériorise, référant alors davantage à leurs critères personnels;
  • leur degré de satisfaction à l’endroit des études serait généralement élevé et il tendrait à s’accroître au fil des cycles d’études – néanmoins, la satisfaction varie grandement selon le programme, le niveau de connaissance du programme et les attentes initiales à cet égard;
  • divers facteurs favoriseraient leur engagement envers les études, dont le temps consacré aux études, le fait d’occuper un emploi lié au domaine d’études, le financement adéquat des études, les perspectives avantageuses sur le plan de la carrière, le degré d’appartenance à un groupe social et, pour les adultes d’âge mûr, un partage équitable des tâches au sein de la famille ainsi que le soutien de l’employeur quant au projet de formation;
  • la relation avec le professeur, en ce qui touche sa disponibilité, la qualité de l’encadrement, le contact personnalisé et soucieux du développement global, la rétroaction explicite sur les travaux étudiants, la motivation, l’ouverture sur le plan intellectuel et le soutien quant à l’intégration au milieu professionnel, compterait pour beaucoup;
  • les perspectives objectives d’insertion socioprofessionnelle auraient pour effet de modeler des engagements distincts envers les études – des perspectives avantageuses soutiendraient l’engagement envers les études, mais leur intérêt semblerait davantage tourné vers le marché du travail, alors que des perspectives désavantageuses canaliseraient l’attention vers les études;
  • les aspirations scolaires et les exigences professionnelles engendreraient une tension que les hommes et les femmes résoudraient différemment et généralement dans le sens des stéréotypes sociaux de sexe.

 

Mesures d'aide à la réussite

Les universités mettent en œuvre une grande diversité de mesures visant à favoriser la réussite des étudiantes et des étudiants. Néanmoins, la correspondance entre, d’une part, les obstacles et les seuils critiques à la réussite et, d’autre part, les mesures implantées, serait imparfaite.

  • À l’étape de l’accès à l’université, divers obstacles se posent comme en témoignent l’état de sous-scolarisation dans certaines régions du Québec, les inégalités sociales persistant dans la population étudiante, les politiques différentes selon les universités en matière d’accessibilité, les problèmes d’orientation scolaire et professionnelle, l’incohérence découlant à la fois des politiques gouvernementales de financement des études, des politiques sociales et des politiques institutionnelles de financement, la diminution marquée de l’effectif étudiant à temps partiel, le nombre insuffisant d’étudiantes et d’étudiants dans des domaines à la recherche de main-d’oeuvre, etc. En contrepartie, les mesures qui ont été repérées touchent l’information et l’orientation, le financement des études, la sensibilisation aux carrières scientifiques, la présence de programmes d’accès à l’égalité, l’intégration des personnes handicapées, etc.
  • À l’étape du cheminement, plusieurs obstacles ou seuils critiques ont été repérés. Ils se rapportent à l’intégration à l’université, aux transformations de la jeunesse pour qui la conciliation des responsabilités de l’âge adulte prédomine, à l’inégalité de la préparation des étudiantes et étudiants à l’entrée à l’université et aux cycles supérieurs, à l’incohérence des exigences quant à la fréquentation des études, à la rigueur des objectifs d’apprentissage, à une certaine conception élitiste de l’évaluation, à la qualité inégale de la formation offerte, à la réalisation du mémoire ou de la thèse et à divers facteurs propres à l’étudiante ou l’étudiant. À cette étape, l’intégration à l’université, l’encadrement et le soutien à la persévérance aux études apparaissent comme étant des mesures largement implantées d’aide à la réussite. En outre, le développement pédagogique, l’affinement des habiletés générales chez les étudiantes et étudiants, le soutien offert à divers groupes cibles de la population étudiante, l’aide à la conciliation études-travail et l’accompagnement lors des changements de programme visent à favoriser la persévérance durant les études.
  • Au moment de la délivrance des diplômes, il est observé que certains domaines d’études présentent une faible diplomation par rapport à d’autres domaines. C’est également le cas chez les étudiantes et étudiants fréquentant l’université à temps partiel. Finalement, les femmes éprouvent encore certaines difficultés de persévérance au doctorat. Les mesures d’aide à la réussite citées à l’étape du cheminement ont également pour but d’améliorer la diplomation.
  • À l’étape de l’insertion socioprofessionnelle des diplômées et diplômés, on note que les acquis scolaires des femmes ne se traduisent pas nécessairement par des emplois avantageux, que l’attrait exercé par le marché du travail dans certaines disciplines peut inciter à une trop forte accélération de la formation ou bien à l’abandon du programme avant l’obtention du diplôme et que l’examen d’un ordre professionnel peut constituer un seuil critique important. Pour pallier ces situations, diverses mesures favorisent le rapprochement de la formation et du marché du travail, la diffusion d’informations sur l’évolution des professions et sur le marché du travail ainsi que la réussite des examens d’un ordre professionnel.

 

Recommandations

S’appuyant sur ces analyses, le Conseil propose un ensemble de recommandations visant essentiellement à :

  • considérer la réussite dans toutes ses dimensions à partir du projet de formation de l’étudiante et de l’étudiant en articulant les mesures d’aide à la réussite en fonction des obstacles et des seuils critiques qu’ils y rencontrent;
  • rehausser de manière générale le niveau de scolarisation de la population québécoise et plus particulièrement en région;
  • maintenir des exigences élevées par rapport aux objectifs d’apprentissage tout en soutenant davantage l’engagement des étudiantes et des étudiants à l’égard des études en favorisant le régime d’études à temps plein chez les jeunes adultes, en établissant un contrat social avec les employeurs à cette fin, en améliorant le financement des études et en apportant une aide spécifique à ceux qui éprouvent des difficultés particulières;
  • rendre possible la réalisation de travaux de recherche sur cette thématique afin d’en éclairer les zones obscures ou encore inexplorées;
  • implanter dans les opérations courantes de révision de programme un processus intégré de diagnostic - intervention - évaluation des mesures d’aide à la réussite afin d’adapter le soutien offert aux besoins des étudiantes et étudiants;
  • et affiner la composante pédagogique dont la pédagogie au premier chef, l’élaboration de programmes et les modes d’évaluation des apprentissages.

Tout en soulignant l’apport de cet avis à la compréhension du phénomène de la réussite à l’université, le Conseil conclut à la nécessité d’élucider dans les plus brefs délais plusieurs questions laissées en suspens. En outre, il invite le ministre de l’Éducation et le milieu universitaire à s’y appuyer pour réaliser cet engagement collectif pris lors du Sommet du Québec et de la jeunesse envers la réussite et la qualification des jeunes.

 

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