Conseil supérieur de l'éducation
 
Comité catholique : Regard sur la RÉFORME

par Guy Côté,
président du Comité catholique

La réforme du curriculum soulève beaucoup d’intérêt et de curiosité. Elle comporte ses promesses et ses inconnues. Parmi les premières, il faut nommer l’espoir de mieux soutenir la motivation des élèves et favoriser leurs apprentissages. Au nombre des inconnues, viennent quelques questions sur des dérives possibles.

 

La construction de soi

L’approche socio-constructiviste adoptée par le projet de programme de formation mise sur la responsabilité et l’engagement de chaque élève envers son propre apprentissage. Elle s’appuie sur la connaissance de soi, la conscience de ses perceptions, de ses sentiments et de ses pensées, de ses valeurs et de ses buts. Elle amène l’élève à construire des savoirs plus étendus sur la base de ses acquis antérieurs, de ce qui lui est proche et familier. Par le développement de compétences, elle vise à mettre ces savoirs en rapport avec des situations et des expériences pertinentes pour l’élève.

Une telle approche, comme toute autre, comporte son intérêt et ses risques. En motivant davantage les élèves, elle pourrait contribuer à améliorer le taux de réussite scolaire. Il est toutefois difficile, pour le moment, de savoir si la réforme saura éviter un certain nombre d’écueils. Le recentrement sur l’expérience immédiate comme source des apprentissages conduira-t-il à nier l’importance de l’inscription du sujet dans une histoire et une culture? à diluer les savoirs disciplinaires en n’y trouvant intérêt que pour les « mobiliser » au service d’une complexe procédure de développement de compétences et de capacités? ou encore à ne valoriser que les savoirs manifestement ou immédiatement applicables à l’expérience?

La réforme risquerait alors de compromettre le rôle de l’école comme gardienne de la mémoire collective et ferment de civilisation. Nous sommes pour une large part des êtres « reçus », comme le rappelle notamment Alain Finkielkraut dans L’Ingratitude (Québec-Amérique, 1999), ce qui ne nous condamne pas à la passivité puisque la réception d’un donné culturel ne se fait pas sans réinterprétation et recomposition. La construction de soi suppose le dialogue non seulement avec ses pairs ou ses « accompagnateurs », comme y invite l’approche par projets, mais aussi avec les générations qui nous ont précédés et leur expérience de ce que veut dire « être humain ».

 

Doute et conviction

Les exigences de la vie en commun dans une société diversifiée tendent parfois à faire voir les croyances et convictions comme un obstacle à l’accueil d’autrui et à la solidarité envers ses semblables. Si cette vision des choses était adoptée par la réforme, comme ont pu le laisser croire les premières versions du Programme de formation de l’école québécoise, cela pourrait rendre les élèves plus capables de tout remettre en question, ce qu’ils n’ont déjà aucune peine à faire, que de développer des valeurs à la fois ouvertes et solides.

On peut pourtant penser que l’affermissement du lien social exige beaucoup plus que le sens du relatif. Sans la reconnaissance d’une obligation envers autrui, par exemple, comment apprendre à respecter des droits et à maintenir des rapports égalitaires? à donner de soi-même par-delà les normes prescrites? ou simplement à adopter des comportements inspirés de l’idéal démocratique? Une telle reconnaissance fait appel à l’affermissement d’une conviction plutôt qu’à sa relativisation. Il faudra toujours chercher un équilibre entre l’aptitude à mettre en question sa vision du monde et la capacité d’orienter sa vie d’après certaines convictions et valeurs fondamentales.

En définitive, on peut penser que les principes directeurs de la présente réforme pourront conduire aux résultats espérés dans la mesure où la confiance dans un « nouveau » paradigme n’entraînera pas l’abandon de ce que les sagesses héritées ont pu comporter de meilleur. Saluons de bon gré les intuitions les plus fécondes de la réforme, sans pour autant perdre un sens critique dont pourrait bien dépendre son succès.

 

Panorama • Volume 5, numéro 2 • Mai 2000

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