Conseil supérieur de l'éducation
 
Comité protestant : « L'ancien ordre est changé, laissant place au nouveau »


« L’ancien ordre est changé, laissant place au nouveau »
(Lord Alfred Tennyson) 

par Graham Jackson,
président du Comité protestant

Au fil des siècles, les avis concernant la forme d’éducation qu’il convient d’offrir ont toujours été partagés. Même Aristote, dans Politique VIII, 2, estime que « l’on ne voit pas non plus clairement s’il convient de viser l’intelligence plutôt que le caractère de l’âme ». Le débat sur ce qui doit être enseigné aux jeunes se poursuit aujourd’hui. Les points de vue diffèrent d’un milieu à l'autre, et c’est pourquoi il y a lieu de revoir et de modifier continuellement les programmes d’études. Encore une fois, « réforme » est le mot d’ordre chez les mandarins dirigeant l’éducation québécoise.

Les écoles publiques protestantes du Québec se sont occupées de l’éducation des enfants des contribuables protestants pendant plus de deux cents ans. Dès le départ, l’éducation protestante a pris un caractère multiconfessionnel, véritable reflet des divers courants religieux de la population protestante, puisque le protestantisme constitue un mouvement et non une religion en soi. La tradition a toujours voulu qu’on se préoccupe du plein épanouissement des enfants. Ce ne sont peut-être pas les écoles principalement qui contribuent à hausser les critères moraux au sein de la communauté, mais il est généralement admis, dans l’ensemble du système, que les écoles ont un rôle important à jouer dans le développement du caractère et de l’esprit civique chez les jeunes, en plus d’inculquer à ces derniers des connaissances et des habiletés. L’éducation protestante, parmi ses principaux buts, vise constamment à satisfaire aux besoins des élèves à l’égard d’un vaste éventail d’habiletés et, pour ce faire, fournit un environnement stimulant propice non seulement au développement intellectuel des élèves, mais également à leur croissance personnelle.

Manifestement, d’importants changements s’opèrent actuellement dans notre système d’éducation; voici d’ailleurs le dernier article qu’il me sera donné de rédiger pour ce bulletin. Comme conséquence de l’adoption du projet de loi 118, le Comité protestant, fidèle serviteur de l’éducation protestante au Québec depuis 125 ans, a été aboli et sera remplacé par un comité sur les affaires religieuses. Nous, les membres du Comité protestant, prions pour que ce comité, guidé par le Secrétariat aux affaires religieuses, qui remplacera les sous-ministres associés pour les fois catholique et protestante, ainsi que les directions de l’enseignement catholique et de l’enseignement protestant, continuera de se préoccuper du développement de l’enfant sous toutes ses facettes. Les aspects spirituels de la personnalité forment encore une dimension essentielle et durable.

 

Valeurs fondamentales

En ce début de XXIe siècle, les traditions protestantes établies, qui ont résisté à l’épreuve du temps, doivent être préservées. Voici les valeurs considérées comme fondamentales pour les protestants et qui continueront de l’être :

  1. la famille : dans l’éducation protestante, la famille est considérée comme l’éducateur le plus important et comme le lieu où s’exerce la responsabilité de l’orientation religieuse de l’enfant;
  2. la dimension spirituelle : l’éducation protestante favorise une approche holistique de l’éducation qui intègre totalement cette dimension;
  3. la vérité : l’éducation protestante se passionne pour la vérité et l’unité de la vérité;
  4. l’aspect pratique : l’enseignement protestant favorise un intérêt positif à l’égard de la vie et du monde du travail;
  5. la responsabilité et le respect : l’éducation protestante favorise les attitudes de responsabilité et de respect envers les personnes et forme des citoyens indépendants mais ayant le sens des responsabilités;
  6. la connaissance de la lecture et de l’écriture : l’éducation protestante insiste sur la valeur de l’alphabétisation comme base de l’acquisition de connaissances et du développement de la personnalité.

Les protestants souhaitent que les écoles non confessionnelles et pluralistes du Québec continuent d’intégrer ces valeurs à leurs énoncés de mission et à leurs projets éducatifs. Comme le dit Lois Sweet, en conclusion de son ouvrage  God in the Classroom (1997), « Il me reste un espoir : celui que tous nos enfants, qu’ils ou elles soient bouddhistes, musulmans, sikhs, hindous, chrétiens, juifs, humanistes athées, et ainsi de suite, jouent ensemble dans la cour d’école et étudient ensemble en classe sans craindre les compromis ou le harcèlement fondé sur la religion. Faire place à la différence religieuse à l’intérieur d’un système d’instruction publique en enseignant cette différence, reconnaître et honorer les fêtes religieuses et respecter les symboles de culte représentent d'importants pas vers la compréhension mutuelle, une saine égalité et l’intégration. » [traduction libre]

Le système d’instruction publique du Québec peut-il favoriser l’éveil aux religions chez tous nos enfants? Seul le temps nous dira si l’on a jeté le bébé avec l'eau du bain lorsque « l’ancien ordre a été changé, laissant place au nouveau ».

 

Panorama • Volume 5, numéro 3 • Novembre 2000

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