Conseil supérieur de l'éducation
 
RÉUSSIR un projet d'études universitaires : des conditions à réunir

 

Dans un avis d’une centaine de pages rendu public le 18 avril dernier, le Conseil supérieur de l’éducation invite le ministre de l’Éducation et le milieu universitaire à se donner une vision de la réussite qui tienne compte des obstacles et des seuils critiques que rencontrent les étudiantes et étudiants à chacune des étapes de leur formation : accès à l’université, cheminement, obtention du diplôme et insertion socioprofessionnelle.

À l’occasion du lancement de l’avis à l’Université de Montréal, la présidente du Conseil, Céline Saint-Pierre, a rappelé les engagements pris lors du Sommet du Québec et de la jeunesse, quant à la réussite scolaire et à la qualification des jeunes. Elle a aussi souligné l’importance de bien définir ce que l’on entend par «réussite», particulièrement dans un contexte où la performance des universités est au cœur de la récente politique québécoise à leur égard.

 

Le sens de la réussite

Le Conseil considère que l’acquisition par l’étudiante ou l’étudiant de connaissances et de compétences dans le cadre d’une formation de haut niveau doit contribuer à son développement tout à la fois sur les plans professionnel, artistique, scientifique, culturel, civique et personnel.

Tout en jugeant légitimes les attentes sociales à l’égard de la diplomation, le Conseil attire l’attention sur le fait que la réussite des étudiantes et étudiants ne peut s’exprimer par ce seul indicateur. La réussite se construit au quotidien et doit aussi inclure la dimension de renouvellement continu des connaissances, dans une perspective d’éducation tout au long de la vie.

 

Soutenir l’engagement envers les études

Le Conseil supérieur de l’éducation analyse le nouveau rapport qu’entretiennent les étudiantes et étudiants envers leurs études et les besoins qui en découlent. Les fluctuations du marché du travail et les transformations sociales qui touchent la jeunesse amènent une plus grande diversification des parcours scolaires et l’augmentation de la durée de fréquentation de l’université. L’engagement envers les études est moins exclusif qu’auparavant. Le travail à temps partiel pendant de longues heures peut détourner des études. Dans les secteurs de pointe, il arrive même que des employeurs embauchent une étudiante ou un étudiant avant la fin de son programme d’études.

Comme l’engagement des étudiantes et étudiants envers leurs études constitue la première condition de réussite, le Conseil recommande au ministre de l’Éducation de mettre en œuvre les conditions favorables permettant aux jeunes adultes de privilégier les études à temps plein, notamment en améliorant le soutien financier. Il fait aussi appel à la collaboration des employeurs pour soutenir la persévérance aux études jusqu’à l’obtention du diplôme.

Le Conseil n’en considère pas moins important que les universités continuent d’accueillir et soutenir les étudiantes et étudiants à temps partiel. Afin d’augmenter le faible pourcentage de diplômes observé dans cette catégorie, il recommande que les services et mesures d’aide à la réussite mis en place dans les universités leur soient aussi offerts.

 

S’attaquer aux écarts de réussite

Le Conseil supérieur de l’éducation signale les difficultés spécifiques rencontrées par les hommes et les femmes à des moments distincts de leurs études universitaires. Les problèmes des garçons aux échelons précédents du système scolaire les excluent souvent des études universitaires et limitent leur accès à plusieurs programmes d’études. Quant aux femmes, malgré des progrès remarquables, elles restent sous-représentées dans le domaine des sciences pures et du génie, ainsi qu’au niveau du doctorat. En outre, à scolarité équivalente, les hommes tirent mieux partie de leur formation sur le marché du travail.

Le Conseil constate, par ailleurs, la position plus fragile des étudiantes et étudiants de milieux défavorisés quant à l’accès à l’université et à la persévérance aux études. Il recommande un meilleur soutien, notamment lors de l’intégration dans les programmes de 1er cycle.

 

Maintenir des exigences élevées

Le Conseil est conscient de l’inégalité de préparation des étudiantes et étudiants à leur arrivée à l’université. Les lacunes par rapport aux exigences universitaires ont le plus souvent trait à la méthode de travail et aux habiletés langagières et scientifiques. Aux cycles supérieurs, des lacunes s’observent sur le plan de la préparation à entreprendre une formation à la recherche.

Si une formation préparatoire offerte par l’université peut aider les étudiantes et les étudiants qui présentent de légères lacunes, le Conseil estime qu’on ne saurait y recourir dans le cas de carences graves qui entraînent une quasi-certitude d’échec.

Le Conseil signale l’importance de la relation professeur-étudiant et des services de soutien dans l’amélioration de la réussite. Il note les efforts déployés en matière de qualité des programmes, des méthodes d’enseignement et de l’encadrement des étudiantes et étudiants. Il recommande toutefois aux universités de poser des diagnostics plus précis quant aux besoins des étudiantes et étudiants en matière de persévérance aux études et de procéder à une évaluation plus systématique des mesures d’aide à la réussite qu’elles mettent en place.

 

De nouveaux objectifs de SCOLARISATION

Dans son avis Réussir un projet d’études universitaires : des conditions à réunir, le Conseil supérieur de l’éducation propose de nouveaux objectifs de scolarisation, tant en matière d’accès aux études universitaires qu’en matière d’obtention de diplômes.

Il recommande de viser à ce que, au plus tard en 2010, 40 % des Québécoises et Québécois de moins de 30 ans accèdent à une formation universitaire de 1er cycle et que 30 % obtiennent le baccalauréat ; que 10 % de la population accède à la maîtrise et que 7 % obtienne le diplôme; et que 2,3 % atteigne les études doctorales et que 1,5 % obtienne le diplôme.

 

Des acquis fragiles, particulièrement en région

Si le Conseil se réjouit que la plupart des objectifs pour l’an 2000, qu’il avait fixés en 1992, soient déjà dépassés ou presque atteints, il n’en constate pas moins que ces acquis en matière de scolarisation de la population sont encore fragiles.

Il signale à cet égard la persistance de disparités importantes entre les diverses régions du Québec. En 1996, quatre régions seulement (Montréal, Québec, Outaouais et Laval) affichaient un taux supérieur à la moyenne provinciale de fréquentation de l’université de 20,2 % de la population de 15 ans et plus.

Le Conseil recommande que, dans les autres régions, des mesures concrètes soient mises en place pour soutenir le développement de la scolarisation universitaire. Dans son esprit, cet objectif est intimement lié à l’avenir économique et au développement social et culturel de la société québécoise.

 

Panorama • Volume 5, numéro 2 • Mai 2000

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