Conseil supérieur de l'éducation
 
Comité catholique : ÉCOLE et RELIGION

par Guy Côté,
président du Comité catholique

Le Groupe de travail sur la place de la religion à l’école doit bientôt remettre son rapport au ministre de l’Éducation. Il est prévu que les recommandations de ce document fassent ensuite l’objet d’un débat en commission parlementaire. Le Comité catholique aura à soumettre son avis. Sa perspective est celle d’un organisme d’État ayant une responsabilité particulière à l’endroit de la population catholique, mais aussi de l’intérêt public. Chargé de conseiller le ministre, il doit le faire en tenant compte de l’ensemble de la réalité sociale, culturelle et politique dans laquelle s’inscrira toute politique en matière d’éducation religieuse. C’est dans cet esprit que le Comité accueillera le rapport du Groupe de travail.

Il faut espérer que toutes les parties impliquées manifesteront le souci d’en arriver à un véritable pacte social sur cette question. Des attentes et des conceptions différentes peuvent avoir chacune leur part de légitimité. Il faudra en tenir compte dans toute la mesure du possible afin de rallier un large éventail de groupes et de partenaires autour des solutions qui seront éventuellement adoptées par le ministre. Sans quoi les incertitudes et les animosités se perpétueront, au détriment de tous.

 

Des conciliations

Pour y arriver, un certain nombre de conciliations d’intérêt commun devraient être réussies. Dans le cadre de ce court article, j’en retiens deux qui paraissent fondamentales.

Une première difficulté consiste à tenir compte à la fois des objectifs sociaux de l'école et des besoins de maturation personnelle des jeunes. D'une part, l'école doit favoriser l'intégration culturelle, la capacité de vivre ensemble différents, la cohésion de la société. Elle a aussi pour mission de rencontrer les besoins des jeunes comme personnes en recherche d'humanisation, en tenant compte de leurs capacités d'apprentissage aux différentes étapes de leur croissance. Cela signifie que les décisions en matière d'éducation religieuse ne devront pas s'appuyer exclusivement sur des considérations d'ordre sociopolitique, mais intégrer des objectifs d'éducation intégrale et démontrer une attention à la dimension psycho-pédagogique des solutions préconisées.

Une seconde conciliation consisterait à articuler l'appropriation d'une tradition particulière et le développement d'une culture citoyenne. Ce défi est au cœur du débat que suscitent non seulement la question de la place de la religion à l'école mais aussi celle de l'intégration des minorités dans une démocratie pluraliste, ou celle des identités culturelles nationales dans un contexte de globalisation où s'étend le règne de la pensée unique.

 

Ouvrir à l’universel

Sur le plan culturel, on se mettrait probablement d'accord sans trop de difficulté sur l'affirmation que le nivellement des différences entraînerait une perte irrémédiable pour la qualité humaine de la vie. On reconnaît généralement, aussi, que l'ouverture à l'universel procède normalement d'un enracinement dans un lieu, une histoire, un patrimoine, à partir desquels peuvent se préciser les choix personnels, les relativisations nécessaires, les itinéraires vers l'autre. Il en va de même sur le plan religieux. On ne s'ouvre pas d'emblée, dès l'enfance, à la religion en soi. On naît dans une tradition qui constitue une porte d'entrée sur l'expérience religieuse, et le point de départ vers toute autre exploration du sens. La première initiation à cette tradition d'origine relève de la famille et, pour un certain nombre d'enfants, de la communauté de foi. Cela ne dispense pas l'école publique de jouer son rôle propre, qui n'est pas de promouvoir une croyance religieuse comme telle, mais d'assurer une transition entre les appartenances premières et l'intégration à la société civile. Pour ce faire, elle doit d'abord permettre aux jeunes une exploration positive et critique de leur tradition d'origine tout en les ouvrant progressivement à la reconnaissance et au respect d'autres formes d'expérience. Il n'y a pas d'incompatibilité entre ces deux tâches. Plutôt que de voir a priori les particularismes culturels ou religieux comme des obstacles à la cohésion sociale et risquer ainsi de provoquer chez différents groupes un sentiment d'incompréhension ou de rejet, il s'agirait d'amener les jeunes à découvrir la façon spécifique dont leur tradition propre, tout comme celle des autres, peut faire partager quelques valeurs fondamentales, contribuer à l'humanisation de la vie et ouvrir à l'universel.

 

Panorama • Volume 4, numéro 1 • Février 1999

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