Conseil supérieur de l'éducation
 
Comité catholique : FEU L'ÉCOLE DU BONHEUR

par Guy Côté,
président du Comité catholique

 

Le système québécois d’éducation traverse une période de transformations nombreuses et profondes, dont les objectifs ultimes sont d’améliorer le taux de réussite scolaire, de favoriser la cohésion sociale et de mieux assurer la qualification professionnelle. Tout en se réjouissant de cet effort, il y a lieu de demeurer critique à propos de certaines orientations qui se dessinent, plus ou moins explicitement, à travers les réformes entreprises.

L’une des questions qu’il faut continuer de se poser, me semble-t-il, porte sur la définition qui est donnée des finalités de l’école : instruire, socialiser, qualifier. Considérées une à une, ces grandes missions peuvent faire l’unanimité. Réunies pour définir le tout de l’école, elles risquent de donner lieu à certains malentendus.

D’une part, il est compréhensible qu’on veuille recentrer l’école sur ce qui lui appartient en propre et la dégager de certaines des trop nombreuses missions dont on avait fini par la charger au nom du développement intégral de la personne; cela avait donné lieu à ce que certains ont appelé, avec un brin de moquerie, «l’école du bonheur». Pour revenir à l’essentiel, il faudrait désormais parler plutôt de l’école du savoir, de l’effort et de la rigueur, de l’intégration culturelle, de l’insertion socioprofessionnelle.

Si valables que soient ces nouveaux accents, on peut d’autre part s’interroger sur les équilibres qu’ils annoncent. En mettant en veilleuse l’objectif de développement intégral du jeune, du moins au niveau des énoncés de finalités, ne risque-t-on pas d’entraîner une certaine réduction de l’éducation à sa dimension fonctionnelle aux dépens de sa qualité existentielle? et de faire l’impasse sur certaines dimensions importantes de l’expérience humaine? L’élève du primaire ou du secondaire n’est pas qu’un futur citoyen ou un futur agent économique. Il porte des rêves qu’il cherchera à réaliser, il devra apprendre à diriger sa vie et à la conjuguer avec la réalité. La préparation à l’aventure humaine comporte des défis tels que l’apprentissage de la liberté, l’art d’aimer et la capacité de s’engager, le sens du bien commun et de la solidarité, l’ouverture à la gratuité, l’acceptation de la limite et de la vulnérabilité, l’affrontement de la souffrance et de la mort, l’aptitude à espérer envers et contre tout. Toutes choses qui ne s’enseignent évidemment pas d’autorité, mais qui demandent des espaces de recherche, d’expérience et de réflexion pour se développer, ailleurs qu’à l’école mais aussi en son sein.

 

Un «supplément d’humanité»

En définitive, éduquer c’est aider à devenir humain. Sans cette visée fondamentale, toute autre mission éducative perdrait son fondement et son sens. Si l’école québécoise se départissait de l’orientation humaniste qu’on avait jusqu’à maintenant voulu lui imprimer, on peut penser que notre société finirait par constater un déficit d’un type nouveau. À l’aube du troisième millénaire, il faut miser sur un «supplément d’humanité», pour paraphraser le mot de Bergson appelant à un «supplément d’âme» à l’orée du vingtième siècle. Les orientations annoncées dans le cadre des réformes en cours contiennent certains éléments susceptibles de contribuer à ce projet global d’humanisation des jeunes. Leur architecture d’ensemble, leur logique interne et leurs insistances majeures n’en font cependant pas leur propos central, contrairement au rapport de la Commission internationale de l’Unesco sur l’éducation (rapport Delors, 1996), qui établit ce projet d’humanisation comme la visée fondamentale du processus éducatif, et qui en fait même une «condition de survie de l’humanité» à ce moment-ci de notre histoire.

Recentrer l’école sur ses missions essentielles ne peut signifier, de toute évidence, qu’on fasse l’économie d’une préoccupation centrale pour le devenir global du jeune comme personne. On aurait donc pu souhaiter la trouver mentionnée dans l’énoncé des finalités de l’école. Quoi qu’il en soit, il faut faire confiance en la capacité des milieux scolaires d’interpréter et de mettre en œuvre les réformes de manière à garder opérant ce souci primordial.

 

Panorama • Volume 3, numéro 1 • Février 1998

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